Questions à Mme Conway pour les Français du Costa Rica

Publié le par Français du monde - adfe - Costa Rica

Madame Conway, Ministre des Français (es) de l'Étranger se rendra au Costa Rica le 21 mai 2013 après dix ans d'absence de visite officielle d'un Ministre Français en Amérique Centrale.

 

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Protection sociale, retraites

Le Costa Rica compte sur un régime de sécurité sociale « la Caja Costarricense de Seguro Social » avec des dispensaires (EBAIS) et des hôpitaux publics. Parallèlement il y a un réseau d’hôpitaux privés et de cabinets de médecine privée. Les coûts y sont plus élevés qu’en France (100 dollars pour une consultation de spécialiste) et il n’y a aucun remboursement sauf pour ceux et celles (privilégiés) qui ont des assurances privées. Il faut prendre en compte que la tendance actuelle est une diminution de la médecine publique au profit de la médecine privée.

En ce qui concerne les Français(es) résidant au Costa Rica pour la retraite et l’assurance maladie plusieurs cas se présentent :

• Les Français de passage, en cas de besoin grave, sont soignés dans les hôpitaux publics. Ils ne sont pris en charge dans les hôpitaux privés que s’ils ont souscrit une assurance de voyage.

• Les Français résidents qui ont des salaires locaux en général ne cotisent pas à la CFE qui est trop onéreuse pour eux, et est perçue comme une deuxième cotisation. Avec la « Caja Costarricense de Seguro Social », ils ont droit à la médecine publique (Ebais et accès aux hôpitaux publics).

• Les retraités français(es) doivent cotiser à la CFE. Alors qu’ils ont cotisé toute leur vie en France au régime d’assurance maladie, ils perdent la sécurité sociale en prenant leur retraite au Costa Rica ou s’ils restent au Costa Rica (dans le cas des fonctionnaires.)

• Dans le cas inverse, que se passe-t-il pour un Français ayant travaillé localement au Costa Rica et cotisé à l’assurance maladie et à la caisse de retraite costaricienne, s’il souhaite prendre sa retraite en France ? Il est un moment de la vie où certaines familles aimeraient «rentrer» en France mais ne peuvent plus le faire. Dans certains pays il y a des accords sur la santé et la retraite comme en Argentine. Ici il n’y en a pas. Il faut penser à des accords entre les assurances maladies, qui permettraient à une personne cotisant dans un pays étranger de bénéficier de soins en France et vice versa. Là seuls des accords bilatéraux pourraient résoudre le problème.

• Certains suppléments-retraite comme l’allocation solidarité sont conditionnés au lieu de résidence et sont supprimés aux Français qui partent s’installer à l’étranger. En fait les droits des Français vivant à l’étranger et en France ne sont pas les mêmes en matière de protection sociale, et pour le moment il y a beaucoup d’incertitudes, un manque d’informations claires.

• Un autre point au sujet des retraites. Des Français ayant cotisé quelques années en France viennent s’installer au Costa Rica, pensant vivre de leurs rentes ou d’un commerce qu’ils montent. Ils travaillent sans cotiser à un système d’assurance retraite. A l’heure de la retraite, ou après, les rentes ne suffisent plus et ils doivent faire appel à l’ambassade de France ou à la société de bienfaisance pour les aider à surmonter leurs difficultés économiques. Ces cas pour le moment isolés vont aller en augmentant avec un nouveau style d’émigration.

 

Quelques questions :

 

- Pourquoi l’Allocation de Solidarité aux Personnes Âgées ne s’applique qu’aux seules personnes résidant en France et non pas à tous les Français ?

- Pourquoi la Sécurité Sociale ne s’applique qu’aux personnes résidant en France ?

- Pourquoi les Français de l’Étranger n’ont-ils pas droit aux allocations familiales lorsque ce système n’existe pas dans le pays où ils vivent ?

- Ne peut- on prévoir une grande campagne à l’étranger dans les ambassades « Retraites : cotisez en France ou cotisez à l’étranger mais cotisez ! Assurez-vous un revenu jusqu’à la fin de vos jours ! »

 

La place du français au Costa Rica

 

Il y a le lycée, les écoles primaires bilingues du MEP, l’alliance française, le français jusqu’en 3ème de collège, mais ce statut reste quand même précaire face à l’omni présence de l’anglais et voire la montée du mandarin qui est offert par quelques lycées. Dans tous les cas, le statut du français et son évolution restent influencés directement par les politiques éducatives. Des exemples sur la perte de vitesse du français au Costa Rica : la suppression de tv5 du paquet d’amnet- tigo (il faut payer un plus), l’impossibilité de voir certaines vidéos de France télévision sur Internet avec le message : «Vidéo inaccessible sur votre territoire» Certains sites Internet français bloquent leurs services de vidéos (direct et replay), lorsque vous voulez les visionner depuis l'étranger. Les Français de l’étranger sont les premiers touchés par cette limitation d'accès et finalement n’ont pas droit à être informés sur ce qui se passe dans leur pays d’origine.

Il ne faut pas oublier qu’au-delà de leur fonction strictement communicative, les langues sont des vecteurs et des marqueurs d’appartenance et donc d’identité. On sait que le français a perdu progressivement du terrain en Amérique latine même s’il reste la deuxième langue étrangère apprise sur le continent. Alors on se dit que l’Uruguay fait partie de la liste des pays francophones. Pourquoi pas le Costa Rica ? Cela ancrerait notre langue pour un temps dans ce pays.

L’enseignement en Français

Le lycée franco costaricien est situé dans la zone Est de San José et ne permet qu’à une partie de la population française du Costa Rica d’y inscrire leurs enfants à cause du temps de transport d’une zone à l’autre. D’autre part les Français travaillant dans l’hôtellerie sur les côtes pacifique et atlantique n’ont aucun moyen de faire poursuivre des études en Français à leurs enfants, il y aura donc perte de la langue à la génération suivante. On constate par ailleurs un faible niveau en Français à l'entrée au collège, faute de suffisamment de professeurs ayant le français comme langue maternelle dans les petites classes. Ce lycée a traversé une grande crise et a été menacé de fermeture suite à un conflit entre le conseil d’administration et l’AEFE. De nouveaux accords ont été signés et il est maintenant considéré comme un lycée public costaricien. C’est un lycée conventionné et homologué, programmes et examens français et costariciens sont suivis. Il devrait être une image « parfaite » sans faille de l’enseignement français. Or, la gouvernance ne semble pas être à la hauteur d'une institution emblématique de la coopération franco-costaricienne.

Il y a eu des crises, une grave crise avec une menace imminente de fermeture. Le lycée s’est relevé mais il y a toujours des incohérences, un manque de transparence comptable, une absence de prospective, une tendance à l'élitisme et à la privatisation d'une institution publique (est-ce là le projet implicite?). Ces carences sont dues à l'amateurisme des parents bénévoles élus en charge de la gestion de l'Association Franco-Costaricienne d'Enseignement, au manque de leadership de la direction du lycée et à la faiblesse des tutelles. Pour la prochaine assemblée générale, le minimum attendu est la présentation d'un bilan comptable et d'un compte d'exploitation intégrants l'ensemble du patrimoine, des dettes, des créances, des subventions, des dépenses et des recettes, assortis d'une réflexion prospective à court, moyen et long terme sur les différents scénarios d'évolution du lycée.

De plus tous les élèves ne concluent pas la dernière année du système éducatif français puisque le système éducatif costaricien a une année de moins et que le baccalauréat n’est pas reconnu comme première année d’université. Depuis des années il est demandé une équivalence entre la première année de la UCR et l’année du baccalauréat mais les démarches n’ont jamais abouti. Peut-être qu’il faudrait les reprendre.

 

La problématique de la double-nationalité

- Garde des enfants avec les lois locales sur l'interdiction de sortie d’un enfant sans l'autorisation des deux parents. Un enfant ne peut pas sortir du Costa Rica sans l'autorisation de ses deux parents quelle que soit sa nationalité et la nationalité des parents. La démarche est à effectuer au service de Migración. Les lois existent mais il est important d’en informer les citoyens (nes) français (es) avant leur départ vers l’étranger pour éviter des cas difficiles à gérer (Informations à mettre et à remettre sur les portails du Ministère des affaires étrangères, des associations, de l’Ambassade.) Il y a des cas de Françaises ayant des enfants avec des costariciens qui ne peuvent prétendre retourner en France parce que le père de leurs enfants ne signe pas l’autorisation de sortie.

 

- Problématique de la double-nationalité en matière de bourses : les bourses d’excellence, les bourses d’assistant de langue ne sont attribuées qu’aux étudiants costariciens non français. La seule condition de nationalité costaricienne devrait être demandée pour que les étudiants franco-costariciens puissent aussi bénéficier de ces bourses leur permettant d’aller en France.  

 

Reconnaissance des diplômes

 

- Diplômes français à faire reconnaitre au Costa Rica : pour certains, tout se passe sans difficultés, pour d’autres c’est difficile. Par exemple le DEA n’est pas reconnu, il est difficile d’obtenir des équivalences des écoles qui ne délivrent pas des titres de master, ainsi que les diplômes donnant accès à des professions où il existe des collèges comme médecins, infirmiers, psychologues, avocats. Là aussi, il est important d’une part qu’il y ait un tableau des équivalences existantes et d’autre part d’informer des démarches à effectuer, sur le portail de l’ambassade, des associations, du Ministère des affaires étrangères. Indiquer les sites incontournables de Conare au Costa Rica et de ERIC-NARIC en France. Il est important d’indiquer que toute démarche est plus simple avant le départ qu’après l’arrivée.

 

- Diplômes costariciens :

Pour la reconnaissance en France de certains diplômes comme celui de médecine, il y a une condition de nationalité. Un médecin costaricien peut faire une spécialité ou une sous-spécialité en France alors qu’un médecin franco-costaricien ayant fait ses études de médecine au Costa Rica ne peut pas prétendre compléter ses études en France sans avoir présenté le concours d’entrée en première année et recommencer une grande partie des études. Par contre, ce qui est illogique : il pourrait faire reconnaitre son diplôme costaricien en Espagne, démarches longues et onéreuses mais qui lui ouvriraient la porte pour faire une spécialité en France.

Là une nouvelle fois la double nationalité présente un désavantage.

 

 

Reconnaissance de la valeur d'une expérience professionnelle à l'étranger de retour en France (notamment pour les jeunes)
 

La Ministre a parlé de soutenir la mobilité en particulier des jeunes à l'étranger via les stages. Cependant, les stages ou CDD dans les pays du Sud dans les domaines de la recherche et du développement sont dépréciés lors des recrutements pour un emploi en France, alors qu'on pourrait espérer le contraire puisque les jeunes ayant travaillé à l'étranger ont prouvé une capacité d'adaptation à d'autres milieux et deviennent la plupart du temps bi-langues.


- Quelles sont les actions entreprises pour valoriser ces parcours ?
- Quelles sont les instances auprès desquelles vous intervenez pour changer cet état de fait ?
- Qu'est-il possible de faire pour qu'un travail dans un pays du Sud dans les domaines de la recherche et du développement devienne un plus dans le CV d'un jeune (et d'un moins jeune) ?

 

Français à l’Étranger, Français à part entière ??

En faire une réalité. Tous les Français (es) n’ont pas le même statut aux yeux de l’Ambassade (ou c’est ce qui est ressenti). Il y a les Expatriés, ceux qui travaillent dans des organismes, institutions françaises, … et les autres, ceux qui se sentent étrangers dans leur propre ambassade. Rendons donc les ambassades égalitaires.

Et vis-à-vis de la France, les droits ne sont pas encore les mêmes. On attend un système plus égalitaire, une plus grande démocratisation, un plus grand intérêt de nos compatriotes pour les élections.

On espère qu’avec la réforme de l’AFE en cours, les conseils consulaires et les délégués de proximité seront efficacement au service des Français du monde. Est-ce que ce sera facile ici au Costa Rica, pays qui sera dans la même circonscription que le Honduras et le Nicaragua ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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